Zamenis persicus (Werner, 1913)

Serpent ratier de Perse

Colubridae, Colubrinae

Sous-espèce : aucune

Etymologie : du latin "persicus" : qui vient de Perse (actuel Iran).

Description

Zamenis persicus est une couleuvre fine et élancée, mesurant 70 à 90 cm adulte en moyenne, plus rarement jusqu'à 130 cm. Il n'y a pas de sous-espèce, mais on distingue deux formes distinctes liées à la coloration :
- la forme claire, caractérisée par une couleur grise à brune, voire brique. Une ligne sombre part de l'arrière de l'oeil pour rejoindre l'angle de la bouche. Les écailles labiales sont blanches à jaunâtres bordées de noir. La face ventrale est blanche ou jaunâtre dans la région du cou pour s'assombrir postérieurement et devenir grise.
- La forme mélanique, de couleur noire ou noir brunâtre. Les flancs sont marqués de tâches claires généralement jusqu'au premier tiers du corps seulement, rarement sur tous le corps, formant parfois une ligne longitudinale. Les écailles labiales sont blanches. Les écailles ventrales sont noires à gris foncé.

Ces deux types de coloration se retrouvent au sein d'une même population, il est même possible de rencontrer des phénotypes intermédiaires entre la forme grise et la forme mélanique (Schulz, 1998). Les deux formes ont des tâches claires au niveau du cou, derrière les mâchoires. Les juvéniles montrent un motif de tâches dorsales sombres nettement plus visible sur les spécimens de la forme claire. En captivité les individus mélaniques sont de loin les plus courants. Contrairement à Z. longissimus dont cette espèce est très proche, il n’y a pas de dimorphisme sexuel chez Z. persicus : les mâles sont aussi grands voire légèrement plus petits que les femelles (Ryabov, 2001, exp.pers.).

Répartition et habitat naturel

Son aire de répartition est relativement réduite, bordant la mer Caspienne aux pieds des montagnes Talish, au sud-est de l'Azerbaïdjan, et au nord de l'Iran sur les versants des Monts Elbourz. On retrouve cette espèce entre 500 et 1500 m d'altitude, dans des biotopes proches de ceux qu'affectionne la couleuvre d'Esculape (Z. longissimus) : forêts de feuillus légèrement humide et zones buissonneuses denses, clairières et prairies, et fréquemment à proximité de zones habitées, dans les jardins, parfois à l'intérieur même des maisons.

Statut des populations - réglementation

D’après l’UICN, c’est un serpent commun dans les habitats préservés, mais dont les menaces sur les populations sont peu connues. Cette espèce est localement menacée par la conversion des terres à usage agricole, l'exploitation forestière, et l'urbanisation générale ; elle est de plus collectée pour le marché de la terrariophilie. De manière générale les connaissances sur l’éco-éthologie et la répartition de ce serpent sont faibles et éparses. Z. persicus ne bénéfice pas de mesures de protection nationales ou internationales.
En France, cette espèce est considérée comme non domestique (à l'instar de tous les reptiles), sa détention au sein d'un élevage d'agrément est donc règlementée par l'arrêté du 10 août 2004. Un éleveur amateur peut ainsi posséder des spécimens de Z. persicus sans autorisation préalable à condition de respecter les quotas fixés par cet arrêté. Dans tous les cas cependant, la cession et l'acquisition (à titre gratuit ou non) doit être accompagnée d'un certificat de cession CERFA 14367*01.

Elevage

La taille adulte modérée n’impose pas de grandes structures d’élevage : j’ai par exemple maintenu un trio de femelles dans un terrarium de 60 x 60 x 70 cm, des individus seuls dans des terrariums ou tiroirs d'élevage de 60 x 30 à 40 cm de surface pour 20 à 50 cm de hauteur.
La température est maintenue en journée à 28°C sur un quart de la surface grâce à une plaque chauffante couplée à un thermostat, le reste du terrarium étant à température de la pièce d’élevage soit 20 à 24°C. La nuit la température est abaissée entre 18 et 20 °C. Le sol peut être recouvert de différents substrats à conditions de ne pas être abrasif et de rester relativement sec, j’utilise personnellement du paillis de lin, de chanvre ou de tremble sur 2 à 3 cm d’épaisseur pour permettre aux animaux de fouiller. Ce type de substrat a l’avantage d’être peu onéreux, peu poussiéreux et absorbant, tout en étant esthétique et léger. De nombreux abris sont indispensables pour cette espèce craintive. Idéalement un de ces abris sera maintenu légèrement humide dans la partie non chauffée du terrarium ; il sera souvent occupé pendant les périodes de mue et lors des journées les plus chaudes en été. Il est possible d’utiliser pour cela de la tourbe ou des plaques de sphaigne. Le point d’eau peut être de petite taille : je n’ai personnellement jamais vu un de mes spécimens se baigner à l’exception d’une femelle infestée d’acariens. Un point d’eau trop grand contribue à une hygrométrie plus importante et constante, ce qui est à éviter (Ryabov, 2001) ; de brèves pulvérisations hebdomadaires d’eau tiède semblent cependant appréciées et sont suivies d’une activité plus importante. Z. persicus grimpe habilement et peut passer plusieurs heures à se reposer en hauteur, il est donc important de lui fournir de nombreuses branches. A ce sujet cette espèce a un comportement en captivité plus arboricole que Z. situla et Z. longissimus (Schulz, 1998 ; exp. pers.).
L’éclairage n’est indispensable que si la pièce d’élevage est très peu exposée à la lumière naturelle, j’utilise des tubes fluorescents de type « blanc industrie » de faible puissance pour les terrariums les plus sombres. Dans ce dernier cas le temps d’éclairage suit un rythme saisonnier et varie de 8 à 14 heures d’éclairage journalier.
Dans son milieu naturel cette espèce consomme principalement des petits rongeurs. En captivité une alimentation à base de souris ou de jeunes rats convient parfaitement. Même si leur taille adulte le leur permet, ces animaux refusent généralement les souris adultes et préfèrent largement des proies de taille modeste comme des blanchons ou des souris "sauteuses". La rythmicité alimentaire est assez marquée : 50 à 60 % des repas de l'année de mes pensionnaires sont pris entre mars et juillet. En automne les prises de nourriture sont plus espacées. Ryabov quant à lui observe une limitation voire un arrêt de l'alimentation en été pendant les semaines les plus chaudes et un retour de l'appétit en automne (Ryabov, 2001) ; cette différence tient probablement au fait que les lieux d’élevage sont soumis à des climats différents. Les individus issus de capture sont souvent lourdement parasités par des nématodes et refusent parfois de s’alimenter.

Reproduction

Une période de repos période est largement recommandée pour offrir un repos métabolique et assurer les reproductions. Dès le début du mois de décembre les animaux ne sont plus nourris. Les conditions d'activité de chaleur et de lumière sont maintenues jusque 2 semaines après le début de ce jeun, afin de s'assurer que le tube digestif soit bien vide. A la troisième semaine de décembre la durée d'éclairage et de chauffage est progressivement réduite pour aboutir à une durée d'éclairage artificiel nulle et une température de 18 à 20°C. Le chauffage de la pièce d'élevage est alors coupé, la température va varier suivant le climat extérieur et se situer entre 12 et 14°C en moyenne (minimum 11°C, maximum 16°C) pendant les mois de janvier et février. Les animaux restent dans leur terrarium pendant cette période et ne montrent quasiment aucun signe d'activité. Début mars le processus inverse est effectué, mais sur un temps généralement plus court : le retour aux conditions standards se fait sur une semaine, au terme de laquelle ils recommencent à s'alimenter.
Les serpents effectuent leur mue post-hivernale 15 à 20 jours, parfois 30 jours après le retour aux conditions d'activité. C'est à ce moment que les deux sexes sont réunis s'ils avaient été séparés. Les accouplements, assez vigoureux, ne tardent pas : le mâle poursuit puis mord la femelle pour la maintenir. La copulation dure 20 à 40 minutes. Ryabov note que la femelle qui s’est déjà accouplée refuse de laisser approcher un mâle par la suite : elle fuit, se love sur elle-même et agite l’extrémité de sa queue (Ryabov, 2001). Le fait de maintenir cette espèce en groupe à l’année ne modifie pas les résultats de reproduction (Schulz, 1998 ; Ryabov, 2001), mais peut augmenter le stress subit par la femelle après l’accouplement. Les mâles les plus faibles peuvent eux aussi subir un stress important et doivent être surveillés : ils sont généralement écartés des femelles voire mordus par les mâles les plus forts.
La gestation dure 53 à 70 jours, et il est courant que la femelle refuse de s’alimenter 15 jours à un mois avant la ponte. Il est conseillé de la nourrir plus fréquemment, avec des proies de petites tailles, avant qu’elle jeûne : 3 à 5 blanchons de souris tous les 3 à 5 jours par exemple. Une mue précède la ponte de 6 à 15 jours, la femelle visite alors régulièrement le ou les sites humides mis à sa disposition. La ponte, qui peut durer plus de 4 heures, comporte 2 à 8 oeufs, cylindriques et fortement allongés. Il est intéressant de noter qu’après chaque ponte, mes femelles semblaient n’avoir quasiment pas perdu de leur masse initiale, ce qui m’avait tout d’abord fait craindre une rétention d’oeufs : les flancs ne sont pas creusés, et la musculature ventrale reste tonique. En comparant cela avec d’autres colubridés dont les femelles sortent totalement émaciées de la boite de ponte, l’expérience est surprenante. La taille des oeufs varie de 35 mm (Schulz, 1998) à 54 mm (Ryabov, 2001 ; exp. pers.) de longueur, sur 18 à 23 mm de largeur et pour un poids de 11 à 16,5 g. Ces oeufs sont incubés sur de la vermiculite humide, à une température comprise entre 25 et 28°C ; ils s’arrondissent nettement après une dizaine de jours.
L’éclosion a lieu entre 45 et 56 jours selon la température d’incubation, les juvéniles mesurent 23 à 30 cm de longueur totale, rarement jusqu’à 35 cm. Ryabov indique qu’une température d’incubation supérieure à 27°C modifie la sex-ratio en faveur des mâles (Ryabov, 2001), tandis que Schulz précise qu’avec des températures d’incubation comprises entre 25 et 27°C il obtient plus de femelles que de mâles (Schulz, 1998). Bien que le mécanisme de TSD (Temperature-Sex-Dependant) n’ait jamais été mis en évidence chez le ophidiens, ces constatations pourraient s’expliquer par une plus forte mortalité des mâles aux températures d’incubation les plus basses. Des accouplements sont souvent fréquents à la fin de l’été, et une seconde ponte peut avoir lieu entre la fin du mois d’octobre et le début du mois de novembre.
L’alimentation des serpenteaux est parfois difficile, notamment ceux issus de la ponte automnale : il est alors préférable de placer les mauvais mangeurs à des températures de 14 à 16°C pendant 4 à 8 semaines. Ce n’est qu’après cette pause qu’ils commenceront à s’alimenter de souriceaux. Ils grandissent alors rapidement, et peuvent atteindre leur maturité en 2 ans seulement, à une taille supérieure à 60 cm.

Remarques complémentaires

D'après Ryabov (2001) et Schulz (1998), les spécimens mélaniques seraient moins fragiles et vivraient plus longtemps en captivité ; d’autres éleveurs affirment qu’il n’y a aucune différence de maintien entre ces deux formes (Søe Pedersen, comm. pers. ; exp.pers.). En captivité il existe une forme partiellement albinos de la forme mélanique, dite « piebald ». La tête et les flancs peuvent être partiellement ou complètement blancs et certaines écailles céphaliques peuvent avoir une teinte fumée donnant l’impression d’être extrêmement fines. Cette mutation est récessive. Ryabov a obtenu des hybrides issus de la reproduction d’un mâle Z. persicus et d’une femelle Z. situla (Ryabov, 1998). Les trois hybrides dépassaient 40 cm à l’éclosion, et présentaient une coloration intermédiaire entre les deux espèces.

Bibliographie

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